Je lance à nouveau une formule individuelle d’acquisition-souscription pour l’année 2017-2018. Chaque souscripteur bénéficiera de l’acquisition différée d’une pièce (petit ou moyen format) de son choix (dessin, bois gravé, pochoir, peinture…) au terme de son engagement. Il s’agit d’un engagement annuel – renouvelable ou non – de versements de mensualités.
Il sera possible de cumuler les mensualités au-delà d’un an pour acquérir un plus grand format.
> Souscription Acquisition 2017-18

Certaines oeuvres sont disponibles à l’atelier, sur rendez-vous.

LES FORMES DE Mr POST

Il est nourri d’images et de sonorités. Artiste, fils d’artiste, amateur de musique, il a la sagesse de se souvenir qu’il vient après beaucoup d’autres. Il a décidé de se nommer Mr Post, joli gage d’avenir. Rien de tel qu’un pseudonyme pour se faire un nom. Il sait que le chemin est ouvert, qu’il lui appartient de reconnaître sa voie et de la parcourir avec patience. Marseille à plusieurs reprises, Sanary, Riez ont accueilli ou se préparent à accueillir son travail. Nouveau jalon, cette exposition est la seconde en ce même lieu. Des regards attentifs désormais le suivent.

Ce qui frappe de prime abord, c’est l’unité et la cohérence de sa démarche. Des dessins initiaux, inspirés par les Comics américains, aux bois gravés d’aujourd’hui, un lien évident se déroule. Rythmes marqués et relation entre figuration parodique et abstraction se retrouvent de pièces en pièces. L’influence de la culture de la rue avec les images qu’elle impose, comme celle du Hip-hop ou du Rap, demeure permanente. Mr Post est un homme de la ville. Un homme de la ville qui aime cependant la nature, même si celle-ci est forcée et contrainte par les enjeux urbains.

Voyons par exemple ces toiles où peuvent s’identifier d’abord une maquette de bassin dans un jardin à venir, ensuite un arbre occupant vigoureusement une diagonale du tableau pour tenir à distance respectable des ensembles bâtis, puis des formes architecturales sollicitées jusqu’à évoquer enfin une sorte de grotte magique propre à orner un jardin à la Gaudi. La ville est là, peuplée, frémissante et cependant habitée d’espaces de silence et de rêverie. Nécessaires.

Les papiers découpés ont désormais cédé la place à des formes soigneusement dessinées organisant des sortes de conversations équilibrées au sein de toiles ou jouent des harmonies colorées. Ces formes s’articulent parfois comme des reflets. Une fraction de la toile, généralement assez fournie, dialogue avec son vis-à-vis, en général plus sobrement installé dans une attitude d’écoute. Des itinéraires sinueux, maîtrisés, les unissent de temps à autre.

L’organisation de ces formes, ces formes elles-mêmes et les rapports qu’elles tissent entre elles évoquent irrésistiblement les brocarts des peintures de la pré Renaissance. Réminiscence d’autant plus frappante que peut-être involontaire. La somme des images qui nous habitent est considérable et la peinture les débusque à notre insu. Le tableau nous voit tout autant que nous le regardons.

Souvent des réserves non peintes signalent la présence du support. La toile est apparente, sa couleur et sa texture sont convoquées dans la composition de l’image. Le matériau existe, il intervient comme un medium à part entière. Il fait lien, comme il témoigne des origines. L’artiste connaît les maîtres des débuts de l’art contemporain. Si un clin d’œil se peut reconnaître, nous sommes loin du plagiat de l’épigone ; il s’agit plutôt d’une quête d’identité.

Nous trouvons une disposition analogue dans les bois gravés. Une fois revêtu d’un apprêt uniforme, le matériau est patiemment incisé, parfois légèrement coloré en ses blessures. Le fond ainsi exhumé donne alors à la forme sa signification. Comme à chaque fois, on remarque combien le dessin est d’importance première dans ce type de travail. Le dessin structure chacune des pièces présentées, toiles ou bois. Il établit des rapports de masses, il détermine les compositions. Serge Plagnol, Giuseppe Caccavale ont eux aussi utilisé cette technique de l’entaille du matériau, bois ou verre. Post les connaît, il a même assisté Caccavale dans l’élaboration des fresques des Archives départementales, à Marseille. Faut-il y voir une influence pour autant? Peut-être simplement le désir de se confronter autrement au support en lui arrachant un aveu, comme enlever l’apparence, révéler ce qui demeure caché. Le résultat est saisissant d’élégance et de pureté.

Tranquille et résolu, Mr Post trace son sillon avec détermination.
Avril 2009, Jean Klépal